Libres Ecrits

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Karim Novak Karim Novak Moderator

Arthur Rimbaud

Saviez-vous que l'illustre Arthur Rimbaud n'a en fait écrit que très peu. Sa renommée, méritée, s'est faite autour d'une poignée de textes dont certains furent sauvés par ses rares amis proches (Verlaine en particulier ). En tout et pour tout, ses textes, parsemés par-ci, par-là, tiennent tout juste dans un maigre recueil d'une cinquantaine de textes. Une très grande partie de ce qu'on lui confie sont des textes apocryphes, écrits par d'ombrageux écrivains imitant maladroitement la plume du génie, ou d'autres textes exhumés de sombres caves et reliquaires à mots distillés de main tremblante et fantasmagorique. Du sous-Rimbaud ! Et oui, voyez-vous, il est de mythes qui se bâtissent à la foi par le véritable trait de plume du génie manifeste, puis, en parallèle (les chemins menant toujours vers là où ils conduisent ! ) des coups d'éclats et de semonce, d'annonce d'un nouveau livre découvert "par hasard" dit-on, toujours dans la poussière d'une vieille mansarde Parisienne ou Marseillaise. A tel point que des textes dits "de Rimbaud" ont été écrit bien des années après sa mort, en 1940, ou, plus prés de nous, en 1972. Que voulez-vous, c'est vrai, Rimbaud n'a pas d'age, que diable ! Certains, outrés (je les entends déjà !) viendront me dire "mais que savez-vous de tout cela ?" - un peu à la façon de Molière ! - et bien je leur répondrais tout simplement que la lecture sert aussi à s'instruire et à éclairer le Savoir ; nous ne pouvons pas toujours vivre sur des "on-dit" ou des doutes. Lire c'est vouloir savoir, vouloir comprendre, vouloir le vrai et ne plus se sentir encanaillé par les idées des autres. Nous sommes une pensée qui, aussi immuable soit-elle, prend goût à regarder la certitude de ce qu'elle est sensée connaître. Allez, pour nous mettre les mots à la bouche, un texte que nous connaissons tous. JE L'ADORE. Ce texte contient absolument toutes les clés de la poésie, c'est quasiment une machine à code à lui tout seul. En l'écrivant, Arthur Rimbaud savait très très bien ce qu'il faisait et aussi ce à quoi il s'attelait. Il nous a laissé à nous tous un sacré héritage. LE BATEAU IVRE Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs : Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs. J'étais insoucieux de tous les équipages, Porteur de blés flamands ou de cotons anglais. Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages, Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais. Dans les clapotements furieux des marées, Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants, Je courus ! Et les Péninsules démarrées N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants. La tempête a béni mes éveils maritimes. Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes, Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots ! Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres, L'eau verte pénétra ma coque de sapin Et des taches de vins bleus et des vomissures Me lava, dispersant gouvernail et grappin. Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème De la Mer, infusé d'astres, et lactescent, Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême Et ravie, un noyé pensif parfois descend ; Où, teignant tout à coup les bleuités, délires Et rhythmes lents sous les rutilements du jour, Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres, Fermentent les rousseurs amères de l'amour ! Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes Et les ressacs et les courants : je sais le soir, L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir ! J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques, Illuminant de longs figements violets, Pareils à des acteurs de drames très antiques Les flots roulant au loin leurs frissons de volets ! J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies, Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs, La circulation des sèves inouïes, Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs ! J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries Hystériques, la houle à l'assaut des récifs, Sans songer que les pieds lumineux des Maries Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs ! J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux ! J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan ! Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces, Et les lointains vers les gouffres cataractant ! Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises ! Échouages hideux au fond des golfes bruns Où les serpents géants dévorés des punaises Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums ! J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants. - Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants. Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux... Presque île, ballottant sur mes bords les querelles Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds. Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles Des noyés descendaient dormir, à reculons ! Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses, Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau, Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ; Libre, fumant, monté de brumes violettes, Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur Qui porte, confiture exquise aux bons poètes, Des lichens de soleil et des morves d'azur ; Qui courais, taché de lunules électriques, Planche folle, escorté des hippocampes noirs, Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ; Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais, Fileur éternel des immobilités bleues, Je regrette l'Europe aux anciens parapets ! J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : - Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles, Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ? Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes. Toute lune est atroce et tout soleil amer : L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes. Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer ! Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache Noire et froide où vers le crépuscule embaumé Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche Un bateau frêle comme un papillon de mai. Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames, Enlever leur sillage aux porteurs de cotons, Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes, Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
Karim Novak Karim Novak Moderator
Bonjour Lio. Rimbaud a eu une vie plutôt tumultueuse, c'était bien plus un aventurier qu'un écrivain. Ce texte " Le bâteau ivre " retrace ces périgrinations dangereuses autour du monde. Il a même été trafiquant d'armes, vendeur de fourrures, négociant en ivoire, café, dromadaires, etc. C'est du vécu, avec toutes les avanies que peuvent suciter de telles aventures dans le monde d'alors.
Alix BOUGUERBA Dr. Alix BOUGUERBA Moderator
Nombreux parmi nous à être contents de votre "retour" sur LIBRES ECRITS; [Il faudrait écouter Philippe Léotard, mort le 25 août 2001 à Paris, acteur, poète et chanteur MAUDIT français qui en a fait une version, une "déclamation" qui prend aux tripes (à la suite et sur le tempo de FERRE)]. Le bonjour de Djerba, la douce, sur un air de Madison et de Twist.
Karim Novak Karim Novak Moderator
très grand bonjour Alix. Merci pour la proposition de Léotard. Oui, lui c'est quelqu'un qui avait une âme, une vraie.